Récit accouchement
24 décembre : Début des contractions douloureuses. Ca n’a rien à voir avec les
contractions d’avant. Je les sens vraiment arriver et partir. Je profite dès la fin du sommet de la contraction. C’est douloureux mais on sait que ça ne dure pas. J’ai fait pas mal de ménage le
matin donc ça a peut être déclenché le ménage. Après du repos l’après midi, on fait le réveillon tranquillement mais je me dis qu’il vaut quand même mieux faire les cadeaux le soir on ne sait
jamais. On se couche, j’ai quelques contractions dans la nuit mais ça ne dure pas.
25 décembre : J’ai moins de contraction aujourd’hui, on reste plus tranquille. Mes
parents et frères et sœur arrivent ce soir. Là je me dis que ce serait bien que le bébé attende au moins le 26. Je suis bien contente que ma famille soit là. On fait un repas tranquille, puis des
jeux. Dans la nuit j’ai pas mal de contractions toutes les 10 minutes pendant 1 heure mais vers 4 heures du mat je m’endors. Ce n’est donc pas encore pour maintenant. Je ressens le shoot des
endorphines pendant la phase de détente. J’ai l’impression de prendre ma « dose » à chaque contraction. Je perds une partie du bouchon muqueux au matin.
26 décembre : la sage femme (M) nous appelle de bonne heure et laisse un
message : il faut aller à la clinique car c’est le jour du terme.
On n’avait pas prévu ça et on doit faire le repas de Noël ce midi. On décide de la
rappeler que vers 12h pour pouvoir faire le repas tranquille. Elle nous dit qu’on doit aller à la clinique pour vérifier que tout va bien. Je décide d’attendre vers 14h pour appeler la clinique.
Mais ils nous devancent en appelant plus tôt (est ce que dans les autres cliniques on t’appelle quand c’est le jour de ton terme ???). On leur dit qu’on passera vers 16h-17h. Comme il y a
une heure de route il faut les appeler avant de partir pour voir si c’est ok.
On part vers 15h30. On laisse la famille jouer tranquillement. Pas de problème pendant
le trajet, il fait beau, on se croirait en vacances.
Arrivée là-bas, on monte dans une chambre pour un examen. La sage femme me demande si ça
va, me pèse. Je lui demande si elle regarde où en est le col. Elle me répond que c’est comme je veux (ce que j’apprécie beaucoup). J’ai envie de savoir si ce que je ressens à un impact. C’est
effectivement le cas, mon col est complètement effacé et ouvert à 3 cm. Les contractions sont donc efficaces. La sage femme est surprise, moi pas, je suis surtout contente que ça marche !
Elle met le monito pendant 30 minutes, il y a 4 contractions. Elle nous propose de nous garder, d’aller marcher et de refaire le point dans 2 heures. Mais on décide de rentrer, ma famille est là,
je leur ai pas dit au revoir, et les contractions sont encore espacées. Le trajet retour se passe bien avec quelques contractions mais je fais du son pas trop fort avec la radio.
En arrivant à la maison tout le monde est en train de jouer. J’appelle M pour lui dire
ce qu’on m’a dit à la clinique. Elle me dit de l’appeler quand ce sera des contractions toutes les 5 minutes pendant 1h30, et d’essayer de me reposer pour prendre des forces. Ce sera sûrement
pour bientôt.
On prend le repas en famille. Je souffle pendant les contractions sans oser faire trop
de bruit. Tout le monde décide de se coucher tôt, tant mieux car dormant dans le salon je n’en peux plus.
Je vais prendre une douche, qui se transforme en bain. Je suis bien, les contractions
sont là, toutes les 4 minutes environ. La baignoire n’étant pas large j’ai du mal à trouver une position qui me convient, finalement allongée ça va. J’en profite pour faire du son car tout le
monde est parti se coucher. Je sors du bain vers 23h-0h. Je prends 2 spasfon pour voir si ça s’arrête mais je n’y crois pas trop. J’essaye de m’allonger mais c’est difficile, je suis penchée en
avant pendant les contractions. Je voulais me reposer mais les contractions sont trop fortes. Mon mari va chercher le ballon, je m’appuie dessus avec les bras pendant la contractions et je me
balance un peu entre. Je lui demande des serviettes pour mettre sous les genoux. On essaye une position suspendue, c’est pas mal mais j’ai du mal à me relever. Finalement je retourne sur le
ballon. Au bout d’une heure trente avec des contractions toutes les 4 minutes (vers 1h30) je dis à mon mari (J) d’appeler M. Elle nous dit de partir tranquillement. Je gère encore bien les
contractions, on peut discuter et rigoler entre. J prépare les affaires, on n’oublie pas le cosy. Il me faut un jogging qui est dans la chambre de mes parents. J monte les prévenir, de toute
façon ma mère voulait qu’on leur dise si on partait. Je leur laisse un mot, la clé de la maison. Je vais chercher mon jogging, ma maman est toute excitée, elle me fait un bisou et on y va.
Le trajet se passe bien toujours avec mon système chanson entre les contractions et son
pendant. J fait du son avec moi aussi de temps en temps. Il y a pas mal de brouillard du coup on ne va pas très vite. Je suis dans ma bulle, comme si je somnolais, je ne capte pas tous le trajet.
On arrive et comme on nous l’avait dit la nuit la barrière est fermée. On appuis sur l’interphone qui sonne aux urgences mais pas de réaction, encore une fois toujours rien. Je commence à trouver
le temps long, le fait d’être arrivée donne des contractions plus intenses. M arrive derrière nous, elle téléphone à l’intérieur pour qu’on nous ouvre (le boitier sera changé le lendemain car il
ne marchait plus !!). On arrive, on descend les affaires. M est là. J’ai froid, je tremble.
On monte dans la chambre. Je me change pour mettre ma chemise de nuit. Elle parle à J
mais j’entends tout et réponds à sa place car c’est moi qui ait fait les sacs donc qui sait où sont les affaires. M me dit que je gère bien, qu’il faut bien souffler, elle m’encourage. Elle me
présente l’auxiliaire de puéricultrice qui sera là pour l’accouchement. On descend en marchant (elle me proposait un fauteuil mais ça va), elle me tient la main. C’est agréable de se sentir
soutenue et accompagnée à ce moment. Je marche les yeux à moitié fermés. Je suis en chaussette et j’ai toujours froid, surtout qu’on passe dans un couloir vitré non chauffé, ça caille trop. Je
pense à Céline qui me disait que le froid ralentissait le travail. Arrivée dans la salle de naissance (salle nature), j’ai toujours froid, je vais mettre du temps à me réchauffer et trop de temps
surtout à demander une couverture. La lumière est tamisée. Je m’installe sur le lit pour qu’elle m’examine. Je suis à 7 cm. Ca me fait vachement de bien comme nouvelle. Elle me propose de me
mettre sur le ballon, je préfère me mettre comme à la maison, les bras en appui dessus. Elle revient avec sont matériel et me pose un garde veine pour passer les antibio pour le strepto. Je suis
assise sur le ballon, la table devant moi. Je m’accroche à la table et fais du son à chaque contraction. Elle me met le monito un moment. J commence à me masser dans le dos avec l’huile de
massage qu’elle nous avait dit d’acheter (le truc top ce massage). J’entends les bruits extérieur mais pas toujours, comme quand on s’endort. Je pense à la vague, au col qui s’ouvre. Je suis
vraiment en train de planer entre les contractions, c’est vraiment génial comme sensation, l’impression de somnoler ou d’être shooter. J’entends J me parler des fois mais sans comprendre tout. Il
m’encourage. J’ai envie de vomir mais rien ne vient.
Au bout d’un moment je passe sur le lit, je suis à 4 pattes, ça devient dur. M me dit de
changer de sens car pour la fin ce sera mieux (sinon j’avais les fesses vers le mur !!). Elle me propose de me suspendre à l’écharpe, c’est pas mal mais ça me coupe les bras, je reprends
donc à 4 pattes. J’ai toujours froid, on m’amène une couverture. Jérôme me propose de la musique mais je dis non après avoir pensé mais quelle musique de toute façon. En fait je suis bien comme
je suis-je veux pas autre chose, et surtout qu’il ne s’arrête pas de masser.
J me donne l’heure, il est 6h30. Ca me déprime de savoir que j’en suis que là à cette
heure là (genre à 9 je crois). J’ai de nouveau envie de vomir entre chaque contraction. Je me souviens mettre dit que je vomissais les antibio tellement le goût était horrible. On me repasse une
dose d’antibio.
J’entre dans la phase de désespérance. La douleur est insupportable, on a largement
dépassé les 10 sur l’échelle de la douleur. Plusieurs pensées me viennent : Comment on fait les autres ? Comment a fait ma mère pour en avoir 4 ? Comment est ce possible que ça
fasse aussi mal ? Je suis vraiment tarée de pas avoir pris la péri. Je n’ai jamais eu aussi mal. Je ne veux pas y aller, je veux que ça s’arrête. Ce n’est pas possible cette douleur. Je dis
que je vais pas y arriver, je pleure. Marie ange me dit que c’est bientôt la fin. Je lui dis t’es sûre ? Combien de temps ça va durer ?
Je me tortille, j’étire une jambe pendant la contraction, j’appuie ma tête contre le
mur, je grogne, je crie, je fini par me lâcher complètement. Je dois passer plusieurs fois sur le dos pour qu’elle voit où ça en est. Elle sent la tête, me demande si J peut toucher, je trouve ça
bizarre, je dis non. Je me repose un peu sur le côté. Elle me demande si j’ai envie de pousser. Je me rappeler que si on pose la question c’est que le moment n’est pas encore venu. J’ai envie car
ça me soulage, mais c’est tout. Je pousse un peu en fin de contraction car ça me soulage. Mais le bébé est encore trop haut trop haut. Elle me fait temporiser le temps qu’il descende, elle me dit
de bien souffler, de récupérer, de balancer le bassin. Mais j’ai du mal à le faire à chaque contraction, je pleure tellement j’ai mal, ça me fatigue encore plus. Elle me propose de percer la
poche des eaux pour accélérer les choses. Je me mets sur le dos, elle essaye mais n’y arrive pas et pour moi c’est trop douloureux, je me tortille. Je reste un moment sur le côté pour souffler.
Le bébé forme une bosse pour descendre et c’est une raison de la douleur insupportable. J continue de me masser mais d’une main car de l’autre il tient le monito (quand elle est là, sinon il le
laisse tomber). Ce n’est pas évident de capter le cœur du bébé suivant mes positions. Je sens bien qu’il galère. Des fois je me dis tant pis on s’en fout, d’autres fois j’essaye de bouger un peu
pour que ce soit plus facile. Le cœur du bébé ralenti à chaque pousser. Je pousse maintenant, je crie. Je pousse avec un filet d’air, enfin en ayant ma main devant moi ou ne criant avec la gorge.
Les poussées sont efficaces car il était dans le milieu du bassin et arrive maintenant au détroit inférieur. La tête est là.
Mais les poussées ne suffisent pas. M me propose de passer sur le dos, je ne veux pas je
suis mieux à 4 pattes. Finalement au bout d’un moment je passe quand même sur le dos pour voir si ça aide. Je pousse en bloquant l’air trois fois : fort et longtemps comme dit M (elle l’a
dit au moins 100 fois !!) mais ça me fatigue drôlement. L’auxiliaire puer qui est arrivée me met de l’oxygène entre chaque contraction pour récupérer. Elle et J me remonte un peu les jambes
pour pousser, ça m’aide bien. M me dit des fois de ne pas pousser, pour voir comment ça se passe quant il se débrouille tout seul pour descendre, mais moi je pousse un peu malgré moi sur la fin
de la contraction car ça me soulage beaucoup. Je les entends parler de bosse, que le bébé est juste là après la bosse.
M appelle une autre sage femme pour avoir son avis sur la présentation du bébé. Avec la
bosse, elle n’est pas sûre que la tête soit bien fléchie dans le bon sens. Elles décident de me transférer dans l’autre salle. Je passe sur un fauteuil puis grimpe sur le lit de l’autre salle. Je
pousse encore, elle me fait encore pousser en bloquant, encore les jambes, encore l’oxygène. On voit la tête mais ça ne progresse pas. Je pousse toujours, la première poussée ça va, mais les deux
suivantes ce n’est pas efficace je n’en peux plus. Je me dis que je pourrais faire mieux mais je suis crevée (enfin j’ai l’impression de ne pas avoir été à fond à chaque poussée). M me dit de
prendre plus d’air mais je n’y arrive pas. Je les entends parler entre elles, qui est le gynéco de garde, l’anesthésiste. Le gynéco arrive, j’entends parler de forceps. Mais il dit que ce serait
dommage, on y est presque mais que pour un premier c’est normal. Ce sera épisio mais j’entends trop tard pour l’anesthésiste. Et moi je m’en fous l’important c’est qu’il sorte tellement j’en peux
plus. M donne un premier coup de ciseau, mais pas suffisant, le gynéco ouvre plus. J’entendrai encore longtemps le bruit des ciseaux, je n’ai pas senti de douleur, juste le bruit des ciseaux. Là
M me dit de pousser encore et ça y est la tête sort. Elle me dit de ne plus pousser. Je sens qu’ils le font sortir, que les épaules passent. Le gynéco dit « ça y est vous pouvez attraper
votre bébé ». Je tends les mains mais il me dit non pas comme ça, mais je ne vois rien, je pleure. Finalement je le mets sur moi. Je le sens mais je ne le vois pas, je pleure. Je pleure d’y
être enfin arrivée, de soulagement, pas tellement de joie, un peu de tristesse. Lui aussi pleure, beaucoup, longtemps je trouve. Il a cette bosse, la tête toute allongée. Ca me fait peur, je
pleure car il pleure, je me dis qu’il a mal. Il finit par ce calmer et moi aussi. On l’essuie toujours sur moi, je sens ses jambes gigoter. Il fait caca allègrement. Je ne me souviens pas avoir
croisé son regard (un grand regret), il est trop bas pour que je puisse lui faire un bisou. J est à côté, on est enfin 3.
M me demande de pousser pour le placenta, je lui demande comment je dois pousser, pareil
qu’avant, une poussée et hop sorti. J’aurai bien aimé voir comment c’était. M demande un coup de main pour recoudre l’épisio, au début il dit qu’elle peut se débrouille au final il le fait. Il me
fait des piqûres pour anesthésier la zone. Je crie. Il me dit après tout ce que vous avez fait c’est rien. J’ai envie de lui dire qu’il en sait rien, il a jamais accouché lui. Je sens les fils,
je sens qu’il me recoud, ça me parait durer une éternité et je me demande sur combien de cm il a coupé pour que ça dure autant.
On aspire Victor pour le strepto, il a un petit bonnet. J’ai une autre perf dans l’autre
bras (l’autre s’est bouché), pour des vitamines. On prend ma tension. Je dis à J que les prochains on les adopte, on en refaits pas. La puéricultrice me dit qu’on oublie (qu’on change d’avis oui,
qu’on oublie ça m’étonnerai !)
Victor cherche a téter mais c’est beaucoup trop loin pour lui. On l’aide et on nous
laisse seul. J verse une petite larme, je lui dis qu’il a bien le droit de pleurer, j’ai pleuré, Victor aussi. J’ai faim, j’ai le droit de manger une banane (un bonheur !!). On fait les
formalités, le nom. M me demande si je ne suis pas trop déçue de pas avoir fini dans l’autre salle. Je lui dis que non car tout ce que je voulais c’était qu’il sorte. Le pédiatre passe pour le
voir, tout va bien. Ils ont eu peur qu’il soit beaucoup plus « sonné » et qu’il aille beaucoup moins bien car il ralentissait beaucoup pendant les poussées. Ils croyaient aussi qu’il
aurait mal à sa bosse.
On remonte dans la chambre après 3 heures passées en bas, j’ai toujours Victor sur moi.
On nous laisse tranquille, M s’en vas. J’ai encore du mal à réaliser, je ne suis pas tout à fait moi. Depuis la phase de désespérance je suis un peu déconnectée, je parle, je suis là mais tout en
étant ailleurs, où en ne réalisant pas trop que c’est bien moi. Il me faudra encore un peu de temps pour me reconnecter. Le repas arrive (le bonheur !!). J prend Victor sur lui pendant ce
temps.
Ca y est nous sommes enfin trois. Ce petit bout tant attendu est enfin là, il est beau,
il est parfait (bon ce sera mieux qq jours sans cette bosse). C’est évidement le plus beau bébé du monde vu que c’est le nôtre.
La suite se passe bien, on part 48h après sans souci, quel bonheur le retour à la
maison.
Pour résumer, ça c’est passer comme je le « craignais » :
Je ne redoutais pas du tout la phase de dilatation, pour moi ce n’était pas la douleur
la plus importante, mais la phase de repos. Et c’est la partie que j’ai préféré qui me fait même dire que j’ai adoré cet accouchement. Le pouvoir des endorphines était vraiment fort, j’étais
shootée, c’était très agréable comme sensation. Je ne sais pas si on peut ressentir ça à d’autres moments de sa vie.
La phase de désespérance : je connaissais son existence mais j’avais sous estimé sa
violence, son intensité, c’est vraiment la partie la plus dure, même si au final c’est assez court, ça parait long ! Mais comme me disait J, il a bien reconnu à ce moment mon caractère, de
rien lâcher, que j’allais y arriver, un peu comme en raid quand j’en bave trop.
La phase de poussée que je redoutais car je voyais pas comment il pouvait sortir. Ma
plus grande crainte c’était l’épisio. Est-ce que le fait que je redoute ça, ça a bloqué les choses ? Je ne sais pas.
Au final je suis un peu dégoutée d’avoir été « découpée » surtout que j’ai
l’impression que toutes mes poussées n’ont pas été efficaces, je ne me suis pas donné à fond. En en reparlant avec M, elle m’a dit que j’avais très bien géré et fait tout ce que j’ai pu mais que
Victor fatiguait dont qu’il fallait qu’il sorte et que l’épisio était un moindre mal par rapport au forceps surtout pour lui.
Ca m’a réconfortée de savoir ça et je vais tout faire pour retrouver un périnée en
forme !